KLAU9665

Il faut que j'appelle ma mère pour en être vraiment sûre mais au fond de moi je le sais déjà: je suis une bobo. Il y a pire vous me direz, je pourrais voter UMP, habiter Montfort L’Amaury et trouver que tout était mieux avant. Bourgeois-Bohème c'est  plus sexy, même si quand on y regarde de plus près ce groupe social, spécialisé dans le brassage de vent est un peu flippant...

J'avais déjà eu quelques indices qui auraient dû m'alerter comme mes petits pulls Zadig qui coûte un demi smic l'unité et on souvent l'air de m'avoir été donné par Emmaüs. Ou mes vacances au Cap Ferret pour se ressourcer loin du bling bling de St. Tropez...

Je n'ai pas été vigilante, persuadée qu'une enfance au milieu des chèvres vous vaccine à vie d'embourgeoisement aussi bohème soit-il.

Mais ce dimanche, la réalité m'a explosé à la figure comme mon popcorn bio que j'ai laissé 30 secondes de trop au micro.

Une copine m'a proposé un brunch, j'ai dit oui...tout est dit.

Un brunch?!!!! Vous savez ce que c'est? Un savant mélange de "breakfast" et "lunch", un concept citadin qui consiste a vous faire crever de faim le dimanche. Un brunch, ce n'est pas avant 14h, mais comme tu as volontairement zappé le petit dej pour te préserver pour cette grand messe culinaire du bobo, tu as le ventre qui cri famine et le sale mal de tête qui va avec.

Tu te retrouve dans des lieux bondés de gens énervés (forcément, tout le monde à la dale) et quand enfin on te trouve une table, anémié au dernier degré tu commande tes œufs brouillés sans même regarder les prix. Ce qu'il te restait de bon sens c'est évaporé en poussant la porte de la cantine branchée des bruncheurs dominicaux, tu bois du champagne frelaté, du saumon fumé avec ton café, des épinards aux fraises tagada. C'est dégueulasse, mais un peu arty, comme du miel pour les mouches bobozzzzzzz.

L'endroit est évidemment bruyant à souhait, le bohémien du dimanche se déplaçant avec sa portée, des braillards privilégiés qui régurgitent leur jus d'orange organique sur leurs bavoirs griffés. Lilou-Belle et Lou-Forrest se disputent un cup cake Hello Kitty, personne ici n'a osé donner à son rejeton un prénom répertorié dans le calendrier, ce serait un crime de lèse-majestee.

Enfin rassasiée, le porte monnaie franchement allégé, je décide de flâner rue des Martyrs, jour de brocante oblige.

Il faut bien comprendre que cette rue au nom lourd de sens est au bobo ce que La Mecque est au musulman. En faisant cette petite promenade anodine je confirmais des symptômes déjà bien prononcés : boboïtude aiguë, diagnostic vital engagé.

Le pire c'est que je me sentais drôlement bien, parmi les miens. J'achetais quelques livres anciens, a la couverture fatiguées et aux pages annotées, m'enivrant de leurs parfums surannés. Je ne les lirai pas, non, faut pas pousser, mais entre une bougie et une carafe art deco, ce sera parfait sur mon étagère. Je parlais avec un faux poète mal rasé du devenir de l'humanité, du mariage gay et de sa paire d'adidas collector collectée chez Colette.

Tu ne connais pas Colette? Tu penses encore a l'écrivain ou a une vieille tante en lisant ce prénom? Alors, toi tu peux encore sauver ton âme et échapper à l'épidémie tragique de boboïsme qui nous frappe.

Je vais t'eclairer sur le sujet, mais promets moi de brûler ce papier ensuite, d'effacer de ton disque dur toute trace de cette imposture (...) La grande idée c'est le concept-store. Comme souvent quand on utilise un mot anglais, c'est pour mieux cacher l'arnaque trop évidente en français. Il s'agit donc de magasins dont le propos est d'aligner sur un même étal un shampoing, un livre, une chaussure, une montre et un bonbon (par exemple) en prenant soin de multiplier par 17 ou 25 (selon le degré de branchitude du quartier) le prix de chaque objet.

Attention, tout à été étudié, du parfum du lieu jusqu'à la tronche antipathique du vendeur. Colette, première du genre avait au moins le mérite de ramener de l'étranger ses shampoings, ses porte-clé en forme de clé (dingue non??!) et ses petits carnets à 2€ la page (...)

Maintenant, il y en a partout de ces boutiques concept qui vendent de tout pour bobos branchés déconnectés de la cruelle réalité: "tu es en train d'acheter de la merde plus chère que le cours de l'or mec !!!"

Alors, oui je suis contaminée, oui j'aurais dû mieux me protéger...

Mais j'ai quand même un peu d'espoir de m'en sortir.

D'abord parceque le jeudi soir j‘aime mieux regarder Master chef que d'aller au Baron (très bon signe de rémission...), ensuite parceque je préfère toujours Julien Clerc aux Brigittes (la voie de la guérison), et puis surtout parce que quand on a admis sa maladie, on est déjà à demi guéri...

 

"Ils vivent dans les beaux quartiers 
ou en banlieue mais dans un loft 
Ateliers d'artistes branchés, 
Bien plus tendance que l'avenue Foch 
ont des enfants bien élevés, 
qui ont lu le Petit Prince à 6 ans 
Qui vont dans des écoles privées 
Privées de racaille, je me comprends 

ils fument un joint de temps en temps, 
font leurs courses dans les marchés bios 
Roulent en 4x4, mais l'plus souvent, 
préfèrent s'déplacer à vélo "              

Renaud