capriceJe ne me sens pas bien.

Je ne sais pas ce que j'ai, ou plutôt j'ai peur de vous l'avouer. Vous allez vous moquer...

J'ai l'impression que le monde tourne trop vite pour moi.

J'ai un point de côté, j'ai du mal à respirer, j'ai le vertige de la réalité.

J’entends  dire qu'il faut se laisser aller, ne pas lutter, accepter de glisser dans les abîmes de son spleen. Mais en réalité nous aimons surtout résister, comme pour mieux nous sentir exister.

Chaque journée est un combat.

Coiffés de volonté, de force et d'ambition nous sommes les soldats d'une armée de missionnaires. En position. Feu.

Il faut avancer, ne jamais s'arrêter, hésiter c'est crever. À la guerre comme à la guerre, les dommages sont dits collatéraux, les états d'âmes hors de propos, l'action est notre raison. Cette nouvelle journée doit être domptée, il ne s'agit pas de la vivre mais de la saisir camarade.

En avant. Marche.

Je suis un déserteur (ce mot existe t-il au féminin?), et je m'offre le luxe magnifique du ralenti. Pas tout le temps, bien sûr, descendre trop longtemps de ce train fou, est un acte désespéré ou héroïque. Je ne suis ni un ni l'autre.

Mais certains jours, je m'extirpe mollement de ma couette et me dirige vers la salle de bain avec l'énergie navrante d'un bigorneau; je sais que Mademoiselle Çavapas est entrée dans mon corps et à prit les rênes de mon cerveau.

Mademoiselle Çavapas nous visite tous, mais elle a ses préférés, et même ses adorés qu'elle ne quitte jamais. Ces derniers, souvent citadins, sont généralement des grands gâtés de la vie qui en plus de l'argent ont du temps, celui de se caresser le nombril et de faire à l'infini des listes de frustrations existentielles (cette année je ne vais pas faire de ski, ces bottes ne se font plus en gris, j'ai pas envie d'aller dîner chez Émilie).

Je ne pense pas faire partie des chouchous de Mademoiselle mais je ne lui ferme pas (plus) ma porte. Parfois même, je suis un peu honteuse de vous le dire, je l’attends. Je vais me coucher avec l'excitation perverse de me réveiller en tristitude.

Ne vous méprenez pas, je n'aime pas cet état mais désormais je sais que ce sont les jours gris qui rendent les journées ensoleillées si délicieuses. Plus j'accepte mon ombre, plus je jouis de ma lumière (ça veut dire quelque chose ou je me perds là ?!!).

Avant, quand miss Çavapas venait me déranger, j'avais la prétention de la renvoyer à la force du poignet.

Erreur de jeunesse.

Je baisse les armes mon commandant, aujourd'hui je vais pleurer dans ma voiture en écoutant Léo Ferré (éternel complice de Mademoiselle), je vais détester mes cheveux, mes cernes et même mes yeux juste au dessus. Je vais trouver Paris laide et violente, je ne vais entendre aucun bonjour, aucun merci, et me sentir si terriblement seule au milieu de nous tous. Je vais maudire ce téléphone qui ne veut pas sonner, m'apitoyer un peu, et ne pas décrocher quand enfin il résonne. Un petit Calimero urbain drapé dans sa peau de chagrin.

J'ai mal à ma solitude, laissez moi.

Le monde court pendant qu'en slow motion je me laisse aller dans les bras douillet de mon spleen idéal. Comme Sega, c'est plus fort que moi.

Et puis, inexorablement succède à cette journée, une nouvelle née, qui peut lui ressembler ou en tout s'opposer.

Je tombe de mon lit, marche sur un jouet pointu, rejoins la salle de bain à cloche-pied, mais ce matin je ris...

Mademoiselle est partie.

 

 

"La mélancolie c'est le bonheur d'être triste" . Victor Hugo