vampire bouche

Il y a des vampires à Paris.

Je sens bien que cette nouvelle ne vous émeut pas plus que ça, et qu'un petit rictus se dessine sur votre visage...vous ne me croyez pas... Pourtant, je les ai vu, et bien plus effrayant, ils m'ont vu aussi. C'était il y a deux lunes, par une nuit bleue et fraîche, [bruit du vent, hurlement de chiens au loin]. Avec quelques amis nous avions été convié à une soirée très très privée. L'ouverture d'un nouveau temple nocturne est toujours un événement, le plus souvent inaccessible...

Mais notre petit club des 5 avait deux atouts pour espérer entrer dans le saint des saints: un prénom-code à chuchoter au gardien: "Emmanuel", et deux sublimes filles, jeunes, intelligentes, drôles et sexy (ma Psy m'encourage à me valoriser...). La sauterie ayant lieu en étage élevé d'une célèbre tour de l'ouest parisien, la sélection fut effectuée devant les ascenseurs, donnant aux heureux détenteurs du sésame d'entrée le goût excitant d'un départ pour la lune... Pour la majorité, ce fut surtout le goût nettement moins exaltant du rejet. Le gorille posté à l'entrée, tout droit sorti d'un épisode de starsky et Hutch (euh... Je viens de me griller sur mon âge là?!!), porte des lunettes de soleil dans ce hall obscur. Comme c'est étrange... [Musique mystérieuse et inquiétante, annonçant un danger imminent.] Faisant malheureusement partie des malaimés, que maître Physio planqué derrière ses hublots fait reculer en grognant, j’entreprends une mutinerie. La lave syndicaliste qui sommeille en moi jaillit brutalement, je propose de souffler, de râler, de taper des pieds... Un homme sort de l'ascenseur, il vient de mixer, il pense que l'amour ne dure que trois ans, il me paraît très blanc... [Re musique de danger].

Quelques nantis nous passent devant, il faut nous unir mes frères, rétablir la guillotine, promener leur tête au bout de pics dans tout Paris, nous vaincr... Une main me tire vers l'ascenseur, nous avons été choisi! Il se passe alors ce qui se passe toujours... J'abandonne mes troupes, offre un large sourire à la révolution et passe en un instant des insurgés aux enfoirés, nous sommes déjà en apesanteur, même pas peur!

Vue imprenable sur la capitale, champagne et bruit de travaux (musique techno-lounge- garage), les gens sont pâles, je pense un temps que c'est la lumière puis la réalité m'explose aux neurones: DES VAMPIRES... Craignant certainement le levé du jour, beaucoup ont chaussé leur Ray Ban, des filles décharnées ondulent vaguement contre les baies vitrées, le thème de la soirée: pupilles dilatées et teint de macchabé.

Pas de panique, il faut bien repérer la sortie, sauf que celle ci est gardée par deux méga zombies, et une blonde aux narines gercées qui doit au moins être préfet dans la hiérarchie des vampires. Je m’apprête à prévenir mes camarades que nous avons atterrît dans un nid de suceurs de sang, mais le doute m’envahit, et si eux aussi, ils en étaient...

Je tourne parano, je me sens comme un morceau de steak au milieu des crocodiles, sauf que c’est pire. Je ne vois pas bien leurs dents, ce n’est pas vraiment la foire aux sourires ici, mais je ne tiens pas à vérifier, l’urgence c’est de s’échapper, ça y est, c'est officiel, je panique.

Un grand black blafard (si, c’est possible) s’approche de moi, me regarde de haut en bas et me dit que je suis mortelle...

Aaaaarrrrrhhhh, je monte sur le bar et hurle comme un loup garou, laissez moi sortir, attention j’ai de l’ail plein les poches... Je dessine des crucifix dans l’air, marche sur les têtes de cette armée de fantômes renifleurs, et me retrouve dans l’ascenseur, merde, j’ai peur.Suivent une quinzaine de minutes (voir plus...) qui appartiennent pour toujours au cosmos.

Extérieur nuit 3h du mat :

Avec mes amis, au pieds d’une tour, il fait froid, rires gras, autour de nous des gens imitent les chauves-souris, me saluent comme reine de la nuit, m’appellent Miss Campari.

Emmanuel n’est jamais venu.

Fin de la soirée V.I.P (Vampires In Paris)

 

 

"Rentre! C'est le moment où la lune réveille le vampire blafard sur sa couche vermeille." Théophile Gautier