Jeudi soir, poussée par une irrépressible envie d'originalité, je refuse un ciné avec mon amoureux, un dîner avec mes copines, une soirée téléphonique avec ma mère, et même une cession de plaisir solitaire... J'aurai pu tout simplement ne rien faire, un non-acte devenu assez original, mais j'avais mieux, teeeeeeellement mieux! 
L'invit trainait dans mon sac depuis presque deux mois, je n'en n'avais parlé à personne, incertaine de pouvoir y assister et par dessus tout, certaine de ne vouloir partager cette aventure qu'avec moi même. Dix ans donc que je résiste à la tentation, dix ans que je m'epargne cet événement de peur d'aimer un peu trop ça et de développer une addiction passionnelle. Mais voilà, ce jeudi soir telle une évidence, le temps était venu. J'ai 25 ans, ok 30... Bon, j'ai 35 ans (putain de conscience...) et j'ai vécu ma 1ère assemblée de co-pro (comprendre co-propriétaires mais ça fait moins prétentieux en version courte). 
Pas de dress code sur le carton d'invitation, dans le doute je me rend à cette sauterie entre voisins avec une petite robe qui respire le "on ne sait jamais", parceque précisément je ne sais pas trop à quoi m'attendre et que dans tous les cas le jogging est rarement un atout.
Comme souvent dans les soirées "cool", il faut arriver en retard, donner l'impression d'être overbooké et de ne surtout pas être dans l'attente ; comprendre : vous venez de quelquepart et après la soirée vous allez ailleurs. Sauf que surexcitée par l'événement j'en ai oublié cette règle de base, que j'ai fais preuve d'une ponctualité désespérante et que j'ai tout de suite déchanté... Des chaises, un bureau et encore des chaises, un monsieur Loyal mine fermée et costume gris , rien a boire, rien a manger, pas de musique... Je mets 2/10 pour l'ambiance, et j'attend la suite.
Les invités arrivent, seuls ou en grappe, se présentent les uns aux autres en s'afublant fièrement d'une particule: Mme Raynald DU 1er, M.Bernazeau DU 4ème, Mme Colcotte DU dernier... Je cherche instinctivement quelques regards complices, compagnons d'infortune, oui, parcequ'à ce stade j'ai bien compris que non seulement j'aurais pu venir en jogging mais qu'en plus l'épreuve s'annonçait plus longue encore qu'un épisode de Joséphine ange gardien.
La 1ère heure ressemble à un concours de connerie par équipe, deux clans se dessinent assez distinctement: les jeunes cons et les vieux cons. Brassens ayant dit tout ce qu'il y avait à dire sur ce conflit générationnel , je n'en rajoute pas. Le hasard à voulu que je siège juste à côté de la chef d'équipe des vieux, véritable reine mère de la ralerie, elle s'oppose systématiquement à tout avec des arguments qui défient tout bon sens; Mme Manchon m'a attendri cinq minutes, agacé ensuite et a réussi à m'inspirer un meurtre dès la 2ème heure. J'ai le goût du sang en bouche, je griffonne sans m'en rendre compte une pierre tombale, mon corps s'envahit d'eczéma, j'ai peur de moi...
Les questions s'enchaînent, le débat est brûlant :"doit on repeindre les boîtes aux lettres en bleu nuit ou bleu marine ?" 45 minutes de bataille, le bleu nuit l'emporte à une voix près, sans doute la mienne, je lève la main comme un robot, je ne veux plus écouter, j'ai envie de taguer les boîtes aux lettres le soir même, de monter sur ma chaise pour hurler "antisocial" de Trust, mon mutisme m'exaspere...
Ça va faire presque deux heures que je ronge mon frein, tout est passé en revu de la taille du paillasson de l'entrée, à l'arrosage trop fréquent des Géraniums de Mme DaSilva qui mouillent sur le balcon des Fermin. L'avenir du monde se joue entre ces quatre murs, la tension est à son comble, aucun signe de détente. Le temps de la réunification arrive pourtant, jeunes et vieux comme un seul homme lèvent haut le bras pour refuser aux nouveaux du 5eme la possibilité de ranger leur poussette dans la cour. Je gribouille un petit message de résistance, et dessine quelques cœurs sur un papier plié en douze que j'envois aux nouveaux. Une pensée pour Jean Moulin.
La fête bat son plein, et LE gros dossier arrive sur le tapis: le ravalement de la façade... Plus d'équipe, là on rentre dans la phase "chacun pour sa gueule". Je m'apprête à hiberner une bonne heure quand Mme Manchon (toujours elle...)nous offre la plus belle perle de la soirée, un exemple d'intelligence et d'humanité, j'en ai encore les oreilles qui pleurent : "j'aimerai savoir si les ouvriers du chantier seront des gens de couleur?"... 
Brassens reviens !
Violente envie d'alcool... Et d'étouffer une vieille dame. Impossible. Je noie mon désespoir dans le 4ème tableau d'Angry Bird, toutes les dix minutes je grave une croix dans ma chaise en bois, je crois que je prie.
À 23h, je suis libérée, je détale, criant simplement à l'assemblée que dans dix ans je reviendrai, pour compter les morts dans le clan des ainés et que cette fois je me chargerai du buffet. Si je deviens comme eux, pitié, piquez moi.
Bref, je me suis fait une assemblée de copro (oh, ça va on peut dire "bref" sans payer de droits d'auteurs quand même ?!!!)
* Ceci n'est pas inspiré d'une histoire vraie, C'EST une histoire vraie.
*Aucun nom n'a été changé ou modifié. Bien fait pour leurs gueules.